1940   1950   1960   1970   1980   1990   
 1990   1991   1992   1993   1994   1995   1996   

CONTEXTE P E R S O N N E L

Au mois de juin ou juillet, nous avons rencontré les Nagasawa qui sont venus chez nous et ont choisi deux toiles, une de 1991, un "Pont de Williamsburg", et une "City" que Jacques venait à peine de terminer.
Ils aimaient ces toiles blanches. Selon eux, du fait de sa douceur, sa finesse et surtout de sont art, Jacques avait dû atteindre le cinquième et dernier stade de la réincarnation : il était parvenu à l’accomplissement final.
A l’enterrement, ils m’ont dit qu’il était heureux (les mots ne disent pas ce qu’ils ont voulu signifier).

CONTEXTE P E R S O N N E L

2 février
« Comment figurer cet intervalle, cet "interdire" où s'échangent des paroles, à la mesure de la résonance des souffles et des voix ?»
[...]
Mystère de la figurabilité.
un simple intervalle qui fuit en
profondeur selon l’axe du regard.

la colonne
signe figure, à puissance symbolique
qui baliserait l’entre-deux de l’invisible
et inaudible échange de paroles
entre les acteurs du récit.

Extrait du carnet personnel de 1996 de Jacques Muller dont on découvrira les textes ici

A propos de l'article de Louis Marin qui est cité ici par Jacques Muller, voir aussi ce texte : " Note sur 3 carrés".


CONTEXTE P E R S O N N E L

En août 1996, nous avons été en vacances à Hoeilaart et avons logé dans la maison de Lucie Sentjens.

Le 17, il est hospitalisé à St Jean pour une pneumonie où il reste jusqu'au 12 septembre. Ses ennuis ont recommencé au début du mois d'octobre : il avait des rougeurs, des difficulté à déglutir et de la température. Visite de Marc Hujoel le 7 octobre – il avait alors difficile à monter les escaliers – et Marc a fait le déménagement d’une toile que Jacques allait exposer au Borgendael (expo Artes Bruxellae)

Il est réhospitalisé le 8, à Saint Jean, avec menace de blocage des reins et choc sceptique.

Nous pouvons passer Noël à l'appartement de Nico et Fernand.

Ensuite Jacques est réhospitalisé à l'hopital Erasme.

1996
City
City
1996
acrylique sur toile
110*136


 Ville 
Jésus au milieu des Docteurs
Jésus au milieu des Docteurs
1996
acrylique sur toile
150*206


 Religieux 
Mint
Mint
1996
acrylique sur toile
74*92


 Foire 
4 figures
4 figures
1996
acrylique sur toile
86*74


 Figure   Signe 

En 1995, Jacques Muller a fait beaucoup de recherches sur le portrait. Ce sujet fut une constante dans sa vie de peintre. Cette année-là, il visita des musées, le Cabinet des estampes de Bruxelles et consulta à la bibliothèque Royale de Bruxelles des livres sur le portrait romain. Son intérêt se portait aux portraits de Fayoum (Egypte du I° et 2° siècles après J.C.). Les deux toiles, "4 figures" et "2 figures" constituent des étapes dans la stylisation du portrait.
Lutgarde Muller-Delbaere

Vers une interprétation, élément de lecture :

Je vise au travers de l'extrait que je vais donner ici de l’ouvrage de Louis Marin, Opacité de la peinture, la main verte portée sur le visage, celle qui fait signe, qui montre, indique - en l'occurrence indique ici quelque chose comme une absence de regard, indique un regard aveugle, puisque les yeux n’y sont pas.

Une main qui semble issue du cadre, à gauche, portée éventuellement de l'extérieur sur le tableau, tout en faisant strictement partie (comme le sur-indique la petite ligne verticale verte qui la recadre sur sa gauche) :

« Dire n’est pas montrer, avons-nous écrit plus haut ; dire, c’est asserter, interroger, s’exclamer... ; montrer, c’est, en assertant, dire l’assertion, en interrogeant, dire l’interrogation... L’énoncé représente quelque chose et présente sa représentation de quelque chose. Or, cette monstration est, dans le langage du théoricien qui analyse le fonctionnement du discours de langage, l’image d’un geste d’indication. Il y a ainsi une dimension du dire qui est la métaphore d’un geste spécifique du corps.1 Tout se passe comme si le discours énoncé s’accompagnait silencieusement d’un geste muet qui pointe la singularité de son énonciation. Et tout le discours « théorique » par lequel sont explicitées les deux dimensions du dire, le « représenter » et le « montrer », par le fait même qu’il en fait apparaître la distinction, n’a d’autre fonction que de faire passer dans le langage ce geste silencieux de monstration que tout énoncé comporte dans son énoncé même.

1. Sur la deixis et le déictique comme caractéristique de l’énonciation dans la langue, cf. E. Benveniste (1966) ; voir aussi L. Marin (1976). Sur la relation entre dire et montrer dans la « langue » indo-européenne et en particulier sur les termes grecs deiknumi et latin dico, cf. E. Benveniste (1969) .

2. C’est sans doute pour échapper à la métaphore implicite que contient toute deixis que O. Ducrot substitue aux termes de « montrer » et « monstration », celui de « dire ».

Louis Marin, Opacité de la peinture, Luca Signorelli à Lorette, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, Paris, 2006, p. 25.

Véronique Muller
2 figures
2 figures
1996
acrylique sur toile
72*86


 Figure 
La bataille de Wounded Knee
La bataille de Wounded Knee
1996
acrylique sur toile
122*152


 Historique 
Foire
Foire
1996
acrylique sur toile
61*80


 Foire 
La grande roue
La grande roue
1996
acrylique sur toile
74*91.5


 Foire 

Fait partie de la série de toiles sur le "kermesse", la foire, du quartier du Midi à Bruxelles.
Couple
Couple
1996
acrylique sur toile
76*88


 Couple 
Wounded Knee Memorial
Wounded Knee Memorial
1996
acrylique sur toile
91*75


 Historique   Signe 
Afrique du Sud
Afrique du Sud
1996
acrylique sur toile marouflée sur panneau
46*106


 Figure 
Trouble, trouble
Trouble, trouble
1996
acrylique + email sur papier
50*64,7


 Couple   Lettres et signes   Ville 

Dans son journal de 1996, Jacques écrit qu'il prendra "les pots de couleur émail", avec lequels il fera plusieurs peintures et esquisses.
Lutgarde Muller-Delbaere

Au passage, en passant et en vitesse, pour y revenir: je me demande si on ne peut pas rapprocher cette toile, du fait de la présence du damier, de la toile Annonciation de 1992. Ce damier qui fait l'espace de la perspective, ici affiché, suspendu, en deux dimensions (de la même façon d’ailleurs qu'il l’est dans l’Annonciation). Ouvert en son centre d'un angle, qui lui aussi, bien évidemment rappelle celui de la perspective, le point de fuite qui se fait point source de l'énonciation.
Je l'avance sans trop de crainte, dans la mesure où mon père lisait un article de Louis Marin, sur l'espace perspectif des Annonciations du Quattrocento ("Enoncer une mystérieuse figure" paru dans la part de l'oeil) au moment où il peignait cette annonciation. Article qu’il ressort en 1996, ainsi qu'en témoigne son carnet d'alors. On peut donc considérer ce damier comme faisant partie du vocabulaire de sa peinture.
(note du 18 octobre 2005)

Damier donc qui nous parle de la peinture comme espace terrain de jeu scène dont la perspective a été bannie (il n'en voulait plus) mais dont Jacques Muller tente de se réapproprier de réinvestir l'enjeu : faire voir ce qui au récit échappe, donner chair à la parole et au regard, oh trouble trouble, et que la peinture reste le lieu d'une annonciation.
Annonciation dont les acteurs se font et homme et femme, simple homme simple femme, mais campés dans ce rapport d'un sexe à l'autre, ainsi que le soulignent à la fois le chapeau de l'homme (chapeau qu'à mon sens, on peut également inscrire comme l'un des signifiants du discours pictural de Jacques Muller), que la robe de la dame. Etres parlants dont les attributs, symboliques, disent le sexe, cet impossible dire.
(19 octobre 2005)

Liens:
- Note à propos de 3 carrés : Texte autour de l'Annonciation 1992 et de l'article de Louis Marin.
- Les textes du carnet 1996

Véronique Muller
Luna Park
Luna Park
1996
acrylique sur toile
60*86


 Foire 
La mer du Nord
La mer du Nord
1996
acrylique sur toile
140x200


 Mer   Lettres et signes 
Ville 96
Ville 96
1996
acrylique + email sur papier marouflé sur toile
50*65


 Ville 
Ville 1
Ville 1
1996
acrylique + email sur papier marouflé sur toile
50*65


 Ville 
La mer à Ostende
La mer à Ostende
1996
acrylique sur toile
69*63